Emmanuel Moulin, nouveau gouverneur de la Banque de France, a livré mardi 9 juin son premier message public en tant que successeur de François Villeroy de Galhau : les prévisions de croissance économique pour la France en 2026 seront revues à la baisse sous 0,9 % lors de leur actualisation prévue à la mi-juin. Sa formule résume la situation : « moins de croissance et plus d’inflation ». Un diagnostic sombre qui coïncide avec la décision de hausse des taux BCE ce matin.
Un nouveau gouverneur face à une conjoncture difficile
Emmanuel Moulin a pris ses fonctions de gouverneur de la Banque de France dans un contexte particulièrement délicat. Son prédécesseur François Villeroy de Galhau avait déjà averti la semaine précédente que les projections allaient être abaissées — Moulin confirme et précise lors du Paris Finance Forum du 9 juin que le nouveau chiffre sera « en dessous de 0,9 % », sans donner de nombre exact avant la publication officielle à la mi-juin.
Cette révision à la baisse s’inscrit dans un mouvement global : le FMI avait déjà abaissé en mai sa prévision de croissance française de 0,9 % à 0,7 %, et le gouvernement lui-même avait revu légèrement son scénario à la baisse dans le cadre des concertations budgétaires pour 2027. La convergence de ces révisions dessine un tableau cohérent : la France entre dans un régime de croissance molle durable.
Le piège « moins de croissance, plus d’inflation »
La formule du gouverneur résume un dilemme économique classique, la stagflation — contraction de « stagnation » et « inflation » — que les économistes redoutaient depuis le début du choc pétrolier. En temps normal, une banque centrale peut choisir entre soutenir la croissance (en baissant les taux) ou lutter contre l’inflation (en les montant). Quand les deux problèmes coexistent, comme aujourd’hui, le choix est douloureux.
En France spécifiquement, la situation est amplifiée par plusieurs facteurs structurels : une consommation des ménages sous pression (pouvoir d’achat grugé par l’inflation), un investissement des entreprises en recul (incertitude géopolitique et durcissement des conditions de crédit), et un solde extérieur dégradé par la facture énergétique élevée. L’inflation française a bondi de 1,7 % à 2,4 % en quelques mois — une accélération notable qui valide la décision BCE de ce matin.
Les concertations budgétaires pour 2027 en ligne de mire
La révision des prévisions de croissance a des conséquences directes sur les finances publiques. Une croissance plus faible signifie moins de recettes fiscales et plus de dépenses sociales — ce qui complique mécaniquement l’objectif de réduction du déficit public. Adrien Couret (Aéma Groupe), invité de Boursorama le 9 juin, évoquait ces « concertations budgétaires pour 2027 » comme le vrai sujet politique de l’automne. Le gouvernement devra arbitrer entre rigueur budgétaire et soutien à l’activité dans un contexte où les deux sont nécessaires mais contradictoires.
Questions fréquentes
Une croissance de 0,7 % en 2026, c’est grave ?
C’est faible mais pas catastrophique. La France a connu des années de croissance nulle ou quasi-nulle sans entrer en récession. Ce qui est préoccupant ici, c’est la combinaison avec une inflation en hausse : les ménages voient leur pouvoir d’achat rogné alors que l’économie ne crée pas assez d’emplois et de richesses pour compenser. Sur un plan pratique, cela se traduit par des hausses de salaires inférieures à l’inflation, une prudence accrue dans les dépenses, et un moindre appétit pour les placements risqués. Ces orientations générales doivent être adaptées à votre situation personnelle — notre article sur le rendement des fonds euros en 2024 donne des repères utiles pour évaluer vos contrats actuels.
Faut-il revoir son allocation d’épargne face à ce contexte ?
Un contexte de croissance faible et d’inflation élevée plaide généralement pour une diversification vers des actifs réels (immobilier via SCPI, or) et des obligations à taux variable ou à courte duration, moins sensibles à la remontée des taux. L’exposition aux actions françaises et européennes mérite d’être équilibrée par une composante internationale. Ces orientations générales doivent être adaptées à votre situation personnelle par un conseiller en gestion de patrimoine.
