La Banque centrale européenne a tranché. Réuni jeudi 10 septembre 2026 à Berlin, le Conseil des gouverneurs a relevé ses trois taux directeurs d’un quart de point, portant le taux de dépôt à 2,50 %. C’est le deuxième tour de vis de l’année après celui de juin, et il intervient dans un contexte inédit : une inflation de la zone euro remontée à 3,3 % en août, un baril de Brent repassé au-dessus des 100 dollars et une croissance qui reste fragile. Pour les épargnants et les emprunteurs français, la question n’est plus de savoir si les taux montent, mais jusqu’où et pendant combien de temps.
Ce que la BCE a décidé le 10 septembre 2026
Les trois taux directeurs progressent de 25 points de base. Le taux de la facilité de dépôt, qui sert de référence aux marchés, passe de 2,25 % à 2,50 %. Le taux de refinancement principal s’établit à 2,65 % et le taux de la facilité de prêt marginal à 2,90 %. La hausse était largement anticipée par les analystes : la décision confirme le virage amorcé en juin, lorsque la BCE avait relevé ses taux pour la première fois depuis 2023.
| Taux directeur | Avant le 10 septembre | Après le 10 septembre |
|---|---|---|
| Facilité de dépôt | 2,25 % | 2,50 % |
| Refinancement principal | 2,40 % | 2,65 % |
| Facilité de prêt marginal | 2,65 % | 2,90 % |
Le motif est connu : l’énergie. Depuis février 2026, les tensions entre les États-Unis, l’Iran et les rebelles houthis, ainsi que les perturbations autour des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, ont renchéri le pétrole. Le Brent a franchi les 100 dollars le 9 septembre, pour la première fois depuis fin juillet. Dans une zone euro très dépendante des importations d’énergie, l’inflation a atteint 3,3 % en août, son plus haut niveau depuis trois ans, loin de la cible de 2 %. L’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, ressort à 2,4 %.
Pourquoi relever les taux face à un choc pétrolier ?
La BCE ne peut rien contre le prix du baril. Ce qu’elle cherche à éviter, ce sont les effets dits « de second tour » : des salaires et des prix qui s’ajustent durablement à la hausse de l’énergie et qui entretiennent l’inflation bien après la fin du choc. En renchérissant le crédit, l’institution freine la demande et signale sa détermination.
Le choix fait débat. Plusieurs économistes soulignent que l’inflation hors énergie reste modérée et que ces effets de second tour sont, pour l’instant, difficiles à déceler. D’autres redoutent qu’un durcissement monétaire pèse sur une activité déjà atone : la BCE table sur une croissance de 0,9 % en 2026 et de 1,4 % en 2027 dans la zone euro. En France, la décision a été critiquée à gauche, où l’on juge le pays « au bord de la récession ». Christine Lagarde, elle, rappelle que le mandat de la banque centrale s’exerce indépendamment des débats politiques nationaux.
Crédit immobilier : la facture s’alourdit pour les nouveaux emprunteurs
La transmission d’une hausse des taux directeurs vers les taux des prêts immobiliers n’est ni immédiate ni mécanique. Les banques françaises fixent leurs barèmes en fonction du coût de leurs ressources, de l’OAT à 10 ans et de leur politique commerciale. Mais la tendance est claire depuis juin : les barèmes se sont progressivement redressés, et la décision du 10 septembre ne devrait pas inverser le mouvement.
Pour donner un ordre de grandeur, une estimation relayée par la presse économique évalue l’effet d’un quart de point supplémentaire à environ 20 à 25 euros de mensualité sur un prêt de 300 000 euros sur 25 ans, soit plusieurs milliers d’euros sur la durée totale du crédit. Il s’agit d’un scénario, pas d’une grille : le taux réellement obtenu dépend de l’apport, de la durée, du profil de l’emprunteur et de la banque sollicitée.
Qui est concerné, qui ne l’est pas
Les ménages déjà engagés à taux fixe, soit l’immense majorité des emprunteurs français, ne voient rien changer. Les détenteurs d’un prêt à taux variable subiront la hausse lors du prochain ajustement de leur échéance. Les candidats à l’achat, eux, ont intérêt à comparer plusieurs établissements et à ne pas retarder un dossier solide dans l’espoir d’une baisse qui n’est pas d’actualité. Les primo-accédants peuvent également vérifier leur éligibilité au prêt à taux zéro avec notre simulateur PTZ 2026.
Épargne : livrets, comptes à terme et fonds euros
La hausse des taux est une mauvaise nouvelle pour les emprunteurs, mais elle améliore la rémunération de l’épargne, avec des délais variables selon les produits.
Les livrets réglementés ne sont pas indexés sur les taux de la BCE. Le Livret A est rémunéré à 1,7 % depuis le 1er août 2026, le LEP à 2,5 %. Leur formule de calcul repose sur l’inflation et les taux interbancaires des six derniers mois : une inflation qui se maintient au-dessus de 3 % et des taux courts qui montent plaident pour une révision à la hausse lors de la prochaine échéance, le 1er février 2027. Les niveaux exacts dépendront des données constatées d’ici là et de la décision finale du ministre de l’Économie ; notre simulateur Livret A permet de tester plusieurs scénarios sur votre propre épargne.
Les comptes à terme et les livrets bancaires non réglementés réagissent plus vite, car les banques les alignent sur les taux de marché. Les offres à un an ont déjà nettement progressé par rapport à 2024. Les fonds en euros de l’assurance-vie, enfin, bénéficient de la remontée des rendements obligataires, mais avec un décalage de plusieurs années, le temps que les assureurs renouvellent leurs portefeuilles.
Un point d’attention : avec une inflation à 3,3 %, un placement rémunéré à 3 % brut ne fait au mieux que préserver le pouvoir d’achat. Le rendement réel, après inflation et fiscalité, reste l’indicateur à surveiller.
Et après ? Trois scénarios pour la fin 2026
La véritable inconnue porte sur la suite du cycle. La BCE s’est gardée de tout engagement et répète qu’elle décidera « réunion par réunion », en fonction des données. Trois trajectoires sont envisageables.
Plateau. Si le pétrole se stabilise et que les salaires n’emballent pas la machine, la BCE pourrait marquer une pause à 2,50 % et observer les effets de ses deux hausses. C’est le scénario privilégié par une partie des économistes, qui jugent l’inflation hors énergie suffisamment contenue.
Nouvelle hausse. Si le Brent reste durablement au-dessus de 100 dollars et que l’inflation ne reflue pas, un troisième relèvement d’ici la fin de l’année n’est pas exclu. Les projections macroéconomiques publiées jeudi, légèrement relevées sur l’inflation, laissent la porte ouverte.
Retournement. Un ralentissement marqué de l’activité ou une désescalade rapide au Moyen-Orient pourraient inverser la tendance en 2027. Ce scénario reste minoritaire à ce stade.
Dans les trois cas, la recommandation est la même pour les ménages : ne pas figer sa stratégie sur un seul pari. Les emprunteurs ont intérêt à sécuriser un taux fixe, les épargnants à diversifier entre liquidité garantie et placements plus rémunérateurs. Nos outils de simulation permettent de chiffrer chaque option.
Questions fréquentes
Quel est le taux de la BCE après le 10 septembre 2026 ?
Le taux de la facilité de dépôt, référence principale, est fixé à 2,50 %. Le taux de refinancement principal s’établit à 2,65 % et le taux de la facilité de prêt marginal à 2,90 %. Il s’agit de la deuxième hausse de 25 points de base en 2026, après celle de juin.
La hausse de la BCE fait-elle monter le taux du Livret A ?
Pas directement. Le Livret A suit une formule fondée sur l’inflation et les taux interbancaires, révisée deux fois par an. Les conditions actuelles plaident pour une hausse au 1er février 2027, mais le niveau exact dépendra des données constatées d’ici là et de la décision du gouvernement. D’ici là, le Livret A reste à 1,7 % et le LEP à 2,5 %.
Dois-je attendre avant d’emprunter pour un achat immobilier ?
Rien n’indique une baisse prochaine des taux de crédit. Avec un dossier solide, il est généralement préférable de comparer plusieurs banques et de sécuriser un taux fixe plutôt que d’attendre une détente hypothétique. Le coût réel dépend de votre profil, de l’apport et de la durée : une simulation personnalisée reste indispensable.