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Abattement de 10 % des retraités : vers une suppression en 2027 ?

Abattement de 10 % des retraités : vers une suppression en 2027 ?

Depuis 1978, les retraités déduisent 10 % de leurs pensions avant impôt, comme les salariés pour leurs frais professionnels. Ce mécanisme, que personne ou presque ne remarque sur sa déclaration, est devenu en quelques jours l’un des points chauds du budget 2027. Le 11 septembre, le ministre des Comptes publics David Amiel a posé l’équation en termes crus : soit l’État indexe les pensions sur l’inflation, soit il conserve l’abattement de 10 % des retraités, mais pas les deux. À quinze jours du dépôt du projet de loi de finances, prévu le 30 septembre, voici ce que l’on sait et ce qui reste à trancher.

Abattement de 10 % des retraités : ce que le gouvernement a dit

Invité de Sud Radio le vendredi 11 septembre 2026, David Amiel a expliqué que revaloriser l’ensemble des retraites au niveau de l’inflation coûterait « plus de 6 milliards d’euros » en 2027, une somme dont l’État n’a « pas aujourd’hui le premier euro ». Or l’abattement de 10 % pèse, selon Bercy, environ 6 milliards d’euros par an. D’où l’arbitrage annoncé : toute indexation des pensions serait financée, « à l’euro près », par la suppression partielle ou totale de cet avantage fiscal. « Il faudra choisir entre les deux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure », a insisté le ministre, renvoyant la décision finale au Premier ministre Sébastien Lecornu.

Dans la foulée, son collègue du Travail, Jean-Pierre Farandou, a ajouté une troisième piste : relever le taux de CSG sur les pensions, aujourd’hui plafonné à 8,3 %, pour le rapprocher des 9,2 % acquittés par les salariés. Le gouvernement cherche au total 30 milliards d’euros d’économies en 2027, dont 6 milliards attendus des retraités. Des consultations avec les groupes parlementaires sont engagées avant la présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, attendu en octobre.

Comment fonctionne l’abattement aujourd’hui

Concrètement, l’administration fiscale retranche automatiquement 10 % du montant des pensions et retraites déclarées, dans la limite d’un plafond par foyer fiscal légèrement supérieur à 4 000 euros, avec un minimum de quelques centaines d’euros par pensionné. Seule la fraction restante entre dans le calcul de l’impôt sur le revenu. La mesure ne joue donc que pour les retraités imposables, soit environ la moitié d’entre eux ; les autres n’y perdraient rien directement.

Son coût a été chiffré à 5,7 milliards d’euros en 2025 par le gouvernement, ce qui en fait la troisième dépense fiscale de l’État derrière le crédit d’impôt recherche (8,1 milliards) et le crédit d’impôt pour les services à la personne (7 milliards). Dès 2024, le Conseil des prélèvements obligatoires jugeait le dispositif « trop général et mal ciblé » : l’avantage peut atteindre 1 850 euros d’impôt en moins pour les foyers les plus aisés, contre quelques dizaines d’euros pour un retraité faiblement imposé. Le Conseil proposait de le remplacer par une déduction forfaitaire, pour un gain de 1,3 milliard d’euros.

Le précédent de 2025

Ce débat n’est pas nouveau. À l’automne 2025, le projet de budget 2026 prévoyait déjà de substituer à l’abattement de 10 % une déduction forfaitaire de 2 000 euros, avec un rendement estimé à 1,2 milliard en 2026 et 1,5 milliard en 2027. La mesure avait été rejetée en commission des Finances, sous la pression conjuguée de députés LR, RN et LFI. Le contexte de 2026, avec un déficit annoncé au-dessus de 5 % du PIB, rend le sujet plus pressant.

Suppression, désindexation ou CSG : qui paierait quoi ?

Les trois pistes n’atteignent pas les mêmes retraités. La désindexation frappe d’abord ceux dont la pension de base représente l’essentiel des revenus, jusqu’à 70 % pour les plus modestes contre 40 % pour les anciens cadres. La fin de l’abattement ne touche que les foyers imposables, avec un effet croissant selon la tranche marginale. La hausse de la CSG viserait les pensions déjà soumises au taux plein.

Piste envisagée Retraités concernés Rendement évoqué Précédent
Gel ou sous-indexation des pensions de base Tous, ou seulement au-dessus d’un seuil (2 000 à 3 000 € bruts selon les hypothèses) Jusqu’à 6 Md€ si généralisée ; environ 1,5 Md€ au-delà de 2 500 € nets 2019 (0,3 % pour tous), 2020 (0,3 % au-dessus de 2 000 €)
Suppression totale ou partielle de l’abattement de 10 % Retraités imposables, soit environ la moitié (8,4 millions selon l’UNSA Retraités) Jusqu’à 6 Md€ ; 1,2 à 1,5 Md€ pour un forfait de 2 000 € Proposée dans le PLF 2026, rejetée en commission
Hausse du taux de CSG sur les pensions Pensions soumises au taux plein de 8,3 % Non chiffré publiquement à ce stade Relèvement de 1,7 point en 2018

Pour mesurer l’enjeu d’une désindexation ciblée : selon la Drees, un seuil fixé à 2 500 euros bruts mensuels (complémentaire et réversion comprises) concernerait environ 15 % des retraités, contre 8 % avec un seuil à 3 000 euros. En 2020, la sous-indexation appliquée au-dessus de 2 000 euros avait touché un retraité sur quatre.

Un exemple simplifié

Un couple de retraités déclarant 36 000 euros de pensions bénéficie aujourd’hui d’un abattement de 3 600 euros. Si cet abattement disparaissait intégralement, le revenu imposable augmenterait d’autant : pour un foyer dont la tranche marginale est de 11 %, l’impôt supplémentaire avoisinerait 400 euros par an ; à 30 %, un peu plus de 1 000 euros. Ces ordres de grandeur ne valent que pour un scénario de suppression totale, qui n’est pas arrêté. Pour tester votre propre situation selon les hypothèses de barème, utilisez notre calculateur d’impôt 2026.

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Ce que l’indexation représente pour 2027

La loi prévoit que les pensions de base soient revalorisées chaque 1er janvier selon l’inflation hors tabac constatée sur douze mois, de novembre à octobre. Le taux définitif pour janvier 2027 ne sera donc connu qu’à la mi-novembre. Les projections publiées à ce jour oscillent entre 1,6 % (commission des comptes de la Sécurité sociale) et 1,7 % (calculs de la presse spécialisée), tandis que le gouvernement retient une inflation attendue de 2,1 % pour 2026 dans son chiffrage à 6 milliards. Ces chiffres restent des scénarios, pas des engagements.

L’enjeu financier est massif : les pensions nettes versées par les régimes de base ont atteint 297,8 milliards d’euros en 2025 et devraient approcher 304,3 milliards en 2026. À paramètres inchangés, la dépense progresserait d’environ 12 milliards l’an prochain, pour moitié du fait de l’indexation, pour moitié du fait du vieillissement. Les retraites complémentaires Agirc-Arrco ne sont pas concernées par ce débat : leur revalorisation du 1er novembre dépend des partenaires sociaux, qui reprennent leurs négociations ce mois-ci.

Calendrier : les dates à surveiller

Le projet de loi de finances pour 2027 doit être déposé à l’Assemblée nationale le 30 septembre. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui porte la règle d’indexation des pensions, suivra début octobre. Les deux textes seront examinés tout l’automne, avec un vote attendu avant la fin de l’année, dans un hémicycle sans majorité et à quelques mois de l’élection présidentielle, ce qui laisse ouverte l’hypothèse d’un recours à une loi spéciale. Les retraités auront donc une certitude sur leurs pensions de janvier et sur leur impôt de 2027 au plus tôt à la fin de l’année. D’ici là, il est prudent de raisonner en scénarios plutôt qu’en acquis, et d’anticiper son niveau de pension future avec notre simulateur retraite.

Questions fréquentes

L’abattement de 10 % des retraités va-t-il disparaître en 2027 ?

Rien n’est décidé. Le ministre des Comptes publics a présenté sa suppression, partielle ou totale, comme la contrepartie d’une indexation des pensions sur l’inflation. L’arbitrage appartient au Premier ministre et le texte devra être voté par le Parlement d’ici la mi-décembre 2026.

Qui serait touché par la fin de l’abattement de 10 % ?

Uniquement les retraités imposables à l’impôt sur le revenu, soit environ la moitié d’entre eux. L’impact croît avec la tranche marginale d’imposition : quelques centaines d’euros pour un foyer à 11 %, davantage pour les foyers à 30 % et au-delà.

Les retraites seront-elles revalorisées au 1er janvier 2027 ?

En l’état de la loi, oui, selon l’inflation constatée de novembre 2025 à octobre 2026, estimée entre 1,6 % et 1,7 %. Mais le gouvernement envisage un gel ou une sous-indexation pour tout ou partie des pensions, qui devrait figurer dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.