À compter du 1er septembre 2026, la réforme des retraites de 2023 cesse temporairement de produire ses effets. La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, en suspend l’application jusqu’au 1er janvier 2028. Cinq générations — celles nées entre 1964 et 1968 — voient leurs conditions de départ modifiées, parfois de quelques mois seulement, parfois d’un trimestre de cotisation entier. Décryptage de ce qui change réellement, et de ce qui ne change pas.
Ce que la LFSS 2026 suspend exactement
La réforme dite « Borne » de 2023 prévoyait deux mouvements simultanés : un relèvement progressif de l’âge légal de départ, de 62 ans vers 64 ans à raison d’un trimestre par génération, et une accélération du calendrier d’allongement de la durée d’assurance requise pour le taux plein, portée à 172 trimestres (43 ans).
La LFSS 2026 gèle ces deux curseurs. Concrètement, le relèvement de l’âge légal marque une pause : il reste figé à 62 ans et 9 mois pendant la période de suspension, au lieu de poursuivre sa montée vers 63 ans puis 64 ans. Le calendrier des trimestres est lui aussi décalé.
Point essentiel souvent mal compris : il s’agit d’une suspension, pas d’une abrogation. Sauf nouveau texte législatif, la trajectoire vers 64 ans doit reprendre à compter du 1er janvier 2028. Les générations postérieures à 1968 ne sont, en l’état du droit, pas concernées par ce gel.
Les générations concernées, année par année
Toutes les générations visées ne bénéficient pas du même avantage. Deux paramètres entrent en jeu — l’âge légal et le nombre de trimestres requis — et ils ne bougent pas de la même manière selon l’année de naissance.
| Génération | Effet sur l’âge légal | Effet sur la durée d’assurance |
|---|---|---|
| 1964 | Âge légal ramené à 62 ans et 9 mois (au lieu de 63 ans) | Gain possible de trimestres requis |
| 1965 | Âge légal maintenu à 62 ans et 9 mois | Gain possible de trimestres requis |
| 1966 | Décalage d’environ trois mois | Seuil des 172 trimestres reporté sur cette génération |
| 1967 | Décalage d’environ trois mois | Pas de gain |
| 1968 | Décalage d’environ trois mois | Pas de gain |
Les assurés nés en 1964 et 1965 sont les mieux servis : ils gagnent sur les deux tableaux. Selon leur situation, ils peuvent conserver le bénéfice du taux plein à 170 ou 171 trimestres, là où la réforme de 2023 les poussait vers 171 ou 172. Les générations 1966 à 1968, elles, ne récupèrent qu’un décalage de trois mois sur l’âge légal.
Le seuil des 172 trimestres, qui devait s’appliquer aux assurés nés à compter du 1er janvier 1965, ne concernera finalement que ceux nés à partir de 1966.
Âge légal et trimestres : ne pas confondre les deux leviers
C’est la principale source de confusion. L’âge légal détermine la date à partir de laquelle vous pouvez liquider votre pension. La durée d’assurance détermine si cette liquidation se fait à taux plein ou avec décote.
Atteindre l’âge légal sans le nombre de trimestres requis expose à une minoration définitive de la pension. À l’inverse, disposer de tous ses trimestres avant l’âge légal n’autorise pas un départ anticipé, sauf dispositifs spécifiques (carrière longue, incapacité, catégories actives dans la fonction publique).
La suspension joue sur les deux paramètres, mais pas de façon uniforme. Un assuré né en 1966 gagne trois mois sur l’âge, ce qui ne se traduit pas mécaniquement par un gain financier : tout dépend du nombre de trimestres déjà validés. C’est pourquoi la seule lecture fiable reste le relevé de carrière individuel, consultable sur le portail info-retraite.fr.
Une entrée en vigueur décalée dans les faits
Les nouvelles règles ne s’appliquent qu’aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une pension déjà liquidée avant cette date reste calculée selon les règles antérieures : la suspension n’a pas d’effet rétroactif.
Autre subtilité de calendrier : pour la génération 1964, les premiers départs effectivement rendus possibles par la suspension n’interviennent qu’à compter du 1er octobre 2026, une pension prenant toujours effet le premier jour d’un mois. Les caisses ont par ailleurs indiqué que certains assurés ayant déposé une demande sous l’ancien régime pouvaient être invités à régulariser leur dossier — un courrier administratif qu’il vaut mieux ne pas laisser sans réponse.
Faut-il reporter une demande en cours ?
La question se pose pour les assurés nés en 1964 dont la demande était calée sur un départ à 63 ans. Décaler ou avancer une liquidation modifie à la fois la date du premier versement et le montant de la pension, avec des effets sur plusieurs décennies. Aucune réponse générale ne vaut ici : la comparaison doit être chiffrée sur votre relevé, et un point avec votre caisse de retraite reste la démarche la plus sûre.
Ce que cela change pour votre stratégie d’épargne
La suspension avance la date de départ possible de quelques mois pour cinq générations. Elle ne modifie ni le mode de calcul de la pension, ni le taux de remplacement, ni la trajectoire de long terme des régimes.
Deux conséquences pratiques méritent attention. D’abord, un départ anticipé de trois à neuf mois raccourcit d’autant la phase d’accumulation : les derniers versements sur un plan d’épargne retraite ou une assurance-vie interviennent plus tôt que prévu. Ensuite, le caractère explicitement temporaire du dispositif — la reprise est programmée au 1er janvier 2028 — invite à la prudence dans les projections : un texte ultérieur peut prolonger, durcir ou annuler cette suspension.
Pour les générations plus jeunes, non concernées par le gel, le message est inchangé : l’épargne retraite constituée en propre reste le principal levier maîtrisable. Nos outils de simulation financière permettent de tester différentes hypothèses de départ, et le comparateur d’épargne d’arbitrer entre supports selon l’horizon de placement.
Foire aux questions
Suis-je concerné par la suspension si je suis né en 1963 ?
Non. La suspension prévue par la LFSS 2026 vise les générations nées entre 1964 et 1968. Les assurés nés en 1963 ou avant relèvent des règles antérieures, déjà applicables à leur génération. Votre relevé de carrière sur info-retraite.fr indique l’âge légal et la durée d’assurance qui vous sont opposables.
La suspension augmente-t-elle le montant de ma pension ?
Pas directement. Elle agit sur la date de départ possible et, pour les générations 1964 et 1965, sur le nombre de trimestres requis pour le taux plein. Un assuré qui atteignait le taux plein plus tôt évite une décote, ce qui protège le montant. Mais partir plus tôt signifie aussi cotiser moins longtemps, ce qui peut jouer en sens inverse. Seule une simulation sur votre relevé personnel permet de trancher.
Que se passe-t-il après le 1er janvier 2028 ?
En l’état du droit, la trajectoire de la réforme de 2023 doit reprendre à cette date, avec la poursuite du relèvement de l’âge légal vers 64 ans et de la durée d’assurance vers 172 trimestres. Cette reprise reste toutefois suspendue aux décisions législatives à venir : plusieurs scénarios sont évoqués dans les débats budgétaires, sans arbitrage définitif à ce jour.
Cet article présente l’état du droit à sa date de publication. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Pour toute décision de liquidation, rapprochez-vous de votre caisse de retraite.